"Tu n'as pas la rage?!"

Publié le 19 Novembre 2016

"Tu n'as pas la rage?!"

Il y a quelques jours, je croise une copine que je n'avais pas vue depuis longtemps. Après les sempiternels "Tu as l'air d'aller mieux!" et " Non, malheureusement, je ne vais pas mieux", nous nous asseyons quelques instants et je lui décris en quoi je ne vais, effectivement, pas mieux.

Après m'avoir écouté attentivement pendant de longues minutes lui décrire mon quotidien, elle s'exclame brusquement: "Mais, tu n'as pas la rage!?".

Je comprends très bien ce à quoi elle fait allusion. Ce serait normal d'avoir la rage, non? La rage d'être bloquée chez moi alors que je voudrais vivre. La rage de perdre des années précieuses de ma vie. La rage de ne pas pouvoir travailler, voyager, sortir. La rage de ne pas avoir de guérison en vue.

Non, je n'ai pas la rage. Je connais de temps à autre des moments de frustration intense, mais cela reste sporadique. Je me sens souvent stressée, mais ce n'est pas la maladie qui me met dans cet état, c'est la situation dans laquelle je me trouve (je n'ai pas de domicile fixe et de très maigres allocations maladie). Bien sûr, c'est lié: si je n'étais pas malade, je pourrais travailler et subvenir à mes besoins. Mais ce n'est pas à cause de la maladie, c'est à cause du système social, qui exclut les malades de la société et leur donne juste de quoi survivre.

Voilà plusieurs mois que je suis plus sereine vis-à-vis de ce syndrome. Avoir la rage ne servirait à rien, si ce n'est à empirer les choses: en pompant les dernières brides d'énergie qui me restent! Bien sûr, j'aimerais qu'il s'en aille. Mais, pour le moment, nous devons cohabiter, dans mon corps, dans mes muscles, dans ma tête. Autant que cela se fasse le plus paisiblement possible. 

Un demi-sourire accroché au bout des lèvres, en la regardant droit dans les yeux, je lui réponds doucement: "Non. Je n'ai pas la rage. J'ai accepté."

Et, ça, c'est déjà une petite victoire. 

"Tu n'as pas la rage?!"

Rédigé par Anna

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